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Histoire de l'Absinthe / History of Absinthe  

D'après le Catalogue Pernod de 1896

La Maison Pernod fils est si intimement associée aux origines et aux progrès de l'industrie de l'absinthe, qu'il est impossible de séparer et même de distinguer l'histoire de l'une de celle de l'autre.

Les origines de l'absinthe sont donc le préambule obligé de l'histoire de la Maison Pernod fils que nous nous proposons de raconter dans ces pages. Malgré le nom d'absinthe suisse sous lequel on la désigne souvent, la célèbre liqueur est d'origine française.

A la fin du siècle passé un médecin français, le Dr Ordinaire, exilé en Suisse, choisit Couvet pour le théatre de son activité médicale. Nous ne résistons pas à l'envie de reproduire le portrait que trace de lui un écrivain suisse.

"C'était, paraît-il, un original, de grande taille, chevauchant dans le Val de Travers sur un petit cheval corse, connu dans la contrée sous le nom de la Roquette. Ses allures inaccoutumées ne manquaient pas de surprendre les populations villageoises; elles donnaient lieu à bien des plaisanteries et à l'étonnement persévérant des enfants. Ordinaire ne paraissait guére s'en soucier; la gravité de son caractère n'en était pas atteinte.

Ce n'était pas un médecin sans talents pour son temps et il rendit de bons services dans un moment où l'art médical était représenté au Vals de Travers. Il joignait à l'exercice de la médecine, celui de la pharmacie; la plupart des médecins de campagne n'agissaient pas alors autrement. M. Ordinaire ne dédaignait pas les panacées, il en employait une en particulier, l'élixir d'absinthe, composé de plantes aromatiques dont il avait seul le secret. Bien des gens, aprés en avoir fait usage, se éclaraient radicalement guéris et le médecin ne pouvait faire autrement que de s'en féliciter et d'en prescrire l'emploi."

Le Dr Ordinaire aurait été bien étonné si on lui avait prédit les hautes destinées auxquelles son élixir était appelé. A sa mort la mystérieuse recette passa aux mains des demoiselles Henriod de Couvet. Cultivant elles- mêmes les herbages nécessaires dans leur jardin, elles les distillaient au foyer paternel. On ne comptait alors la production de l'élixir que par quelques pots qui se vendaient assez difficilement par la voie du colportage.

Peu à peu cependant, grâce à son parfum et à son goût agréables, l'élixir rencontrait même en dehors des malades, des amateurs de plus en plus nombreux, si bien que la recette avait déjà une veleur marchande lorsque M. Henri-Louis Pernod en fit l'acquisition pour l'exploiter commercialement.

Cela se passait en 1797. C'est à cette époque que remonte la première fabrique d'absinthe. L'établissement fut créé dans des conditions fort modestes, à Couvet même; le bâtiment où était installée cette industrie naissante existe encore; il mesure tout bien compté 8 mètres de long sur 4 de large et une hauteur de 4 mètres. Successivement agrandie, l'usine ne tarda pas à devenir trop étroite et, en 1805, M.Pernod ne pouvant plus suffire aux demandes de sa clientèle française chez laquelle son produit avait été accueilli avec une faveur marquée, vint se fixer à Pontarlier où il évitait d'ailleurs les droits élevés que le fisc prélevait sur l'absinthe suisse.

Nous avons eu sous les yeux l'acte daté du 25 pluviose an XIII par lequel le sieur Benoît-Hilaire Courbe remet à bail à Pernod fils au prix de 180 francs l'an, les locaux désignés dans sa maison située Grand'rue à Pontarlier, pour y établir une fabrique d'eau verte. Cette distillerie minuscule ne pouvait guère faire prévoir le magnifique établissement qui s'élève aujourd'hui au bord du Doubs : deux petits appareils produisaient chacun 16 litres par jour.

Quand MM. Louis Pernod, actuellement encore l'un des chefs de la maison, et son frère, fritz, malheureusement décédé depuis (17 mars 1880), prirent, à défaut de leur père qu'ils avaient perdu de bonne heure, la direction des affaires, la maison avait déjà parcouru un assez beau chemin, car la production journalière avait atteint le chiffre de 450 litres. Mais depuis la date que nous indiquons, c'est-à-dire depuis 1855, la production a augmenté dans une énorme propor tion.


A quoi faut-il attribuer cette étonnante prospérité, ce développement continu dont un petit nombre d'industries peuvent se vanter? Tout simplement à la volonté fermement arrêtée chez les chefs de la maison Pernod de fournir toujours un produit supérieur, de ne jamais céder à la tentation de réaliser de plus gros bénéfices en achetant bon marché des matiéres premiéres de qualité inférieure. Cette tentation s'est offerte à eux sous une forme particuliérement séduisante à l'époque où les vignobles français du Midi, ravagés par l'oìdium et plus tard le phylloxera, ne fournissaient plus qu'à des prix exorbitants l'alcool de vin qui forme la base de la liqueur d'absinthe. Il semblait bien naturel alors de remplacer les 3/6 de vin par des alcools de betteraves, de grains, de pommes de terre; c'est ce que firent les nombreux distillateurs qui, remarquant la faveur avec laquelle le public accueillait le produit de la Maison pernod, avaient installé un peu partout des fabriques d'absinthe. Par une heureuse inspiration, MM. Pernod décidérent de rester fidéles aux 3/6 de vin; cette résolution fit la fortune de leur maison; la qualité supérieure de leur produit, attesté par la préférence que les consommateurs lui accordent, est due en premiére ligne à l'emploi exclusif d'alcool fourni par la distillation du vin; non seulement cet alcool donne à l'absinthe Pernod la fine saveur qui la distingue, mais encore il en fait une boisson inoffensive au point de vue hygiénique, puisqu'il préserve les consommateurs des effets morbides produits par les mauvais alcools. Nous aurons l'occasion de nous expliquer plus longuement à cet égard.

A côté de cet élément essentiel du succès obtenu par la marque Pernod, il en existe d'autres qui ont aussi leur importance. Nous voulons parler des procédés de fabrication que M. Pernod n'a cessé de perfectionner, ne reculant devant aucun sacrifice pour créer un outillage modèle et capable de fournir les meilleurs résultats; nous voulons parler aussi de la largeur, de la loyauté proverbiales qui ont de tout temps présidé aux relations commerciales de la Maison Pernod et qui lui ont fait autant d'amis qu'elle a de clients et de fournisseurs.

Ces traditions ont été religieusement respectées et suivies par MM. Veil-Picard à qui M. Pernod a cédé son établissement, dans lequel il est resté intéressé comme commanditaire pour une part importante.

Il n'est pas inutile d'ajouter que l'ancien chef de la maison continue à suivre avec une solicitude bien naturelle les opérations qu'il a dirigées pendant tant d'années; en particulier, c'est toujours lui qui s'occupe des achats de matières premières et il n'entre dans les magasins ni un wagon de trois- six ni une balle d'herbe ou de graines dont M. Pernod n'ait approuvé l'échantillon.

Au reste MM. Viel-Picard ont tenu à conserver, tant à la tête du service technique qu'à celle des services commerciaux, les collaborateurs qui avaient assisté M. Pernod pendant nombre d'années et qui, instruits par une longue expérience, continuent à s'inspirer de son exemple et de ses préceptes.

liens :
PERNOD Catalogue 1896
RECIPES 1899 By BEDEL
GLASSES Catalogues

According to the Pernod Catalogue of 1896

The House of Pernod and Sons is so intimately associated with the origins and progress of the absinthe industry that it is impossible to separate or distinguish the history of the one from the other.

The origins of absinthe are thus the obligatory preamble to the history of the House of Pernod & Sons which We propose to recount in these pages. In spite of the name Swiss absinthe by which it often goes, the famous liqueur is of French origin.

At the end of the last century a French doctor, Dr. Ordinaire, exiled in Switzerland, chose Couvet for the theater of his medical activity. We cannot resist the urge to reproduce the portrait drawn of him by a Swiss writer.

He was, apparently, an eccentric, of great height, riding through the Val de Travers on a small Corsican horse known in region as the Rocket. His unusual appearance did not fail to surprise the village populations; it gave rise to many jokes and persistent astonishment among the children. Ordinaire did not appear to be concerned with this; the gravity of his character was not affected.

He was a doctor not without talents for his time, and he did a good job of bringing the medical art to the Val de Travers. He joined the practice of medicine to that of pharmacology; the majority of doctors of the countryside did no differently. Mr. Ordinaire did not scorn the panaceas, he employed one in particular, the elixir of wormwood, composed of aromatic plants of which only he knew the secret. Many people, having made use of it, declared themselves radically cured and the doctor could not pretend tobe other than pleased and to prescribe its use.

Dr. Ordinaire would have been well astonished if anyone had predicted the high destinies to which his elixir would be called. At his death the mysterious recipe passed into the hands of the young Henriod ladies of Couvet.

Cultivating the necessary herbs themselves in their garden, they distilled them in the family home. The production of the elixir at the time amounted only to a few pots which were sold with some difficulty by hawking.

Little by little, however, thanks to its fragrance and pleasant taste, the elixir came to the attention of not only the sick, but to that of more and more fans, so that the recipe had already acquired monetary value when when Mr. Henri Louis Pernod acquired it to exploit it commercially.

This happened in 1797. It was at that time the first absinthe factory was built. The establishment was created under extremely modest conditions, even for Couvet; the building where the industry was born still exists; it measures eight meters long by four meters broad by four meters high. Subsequently enlarged, the factory was not long in becoming too small and, in 1805, Mr. Pernod not being able to satisfy demand by the French customers which had taken to his product with a marked favor, fixed upon Pontarlier as the place to avoid the high taxes levied by the tax department upon Swiss Absinthe.

We have before our eyes the contract dated the 25th day of the fifth month of the 13th year (French Republican calendar) by which Sir Benoit-Hilaire Courbe leases to Pernod & Sons for the price of 180 francs per year, a location designated as a house on Grand Street in Pontarlier, for the establishment of a green water factory. This tiny distillery could hardly foresee the splendid establishment which rises today at the edge of Doubs: two small apparatuses producing 16 liters per day each.

When Mr. Louis Pernod, currently still one of the heads of the house, and his brother, Fritz, unfortunately since deceased (March 17, 1880), took over the direction of the business in the absence of their father, whom they had lost early, the house was already on a good road, because the daily production had reached the figure of 450 liters. Since the date to which we refer, that is, since 1855, production has increased enormously.

To what can we attribute this astonishing prosperity, this continuous development which only a small number of industries can boast? Quite simply, to the firm intent of the heads of the house of Pernod to always provide a superior product, never yielding to the temptation to realize greater profits by buying cheap raw materials of lower quality. This temptation was offered to them in a particularly seductive form when the French vineyards of the South, devastated by powdery mildew and later by phylloxera, could no longer provide, except at exorbitant prices, the spirits distilled from wine which form the basis of absinthe liqueur. It then seemed quite natural to replace the proof spirit of wine with alcohols from beets, grains, and potatoes; this is what was done by many distillers who, noticing the public favour given to the product of the House of Pernod, had installed absinthe factories almost everywhere. By a happy inspiration, Mssrs. Pernod decided to remain faithful to proof-spirit of wine; this resolution made the fortune of their house; the higher quality of their product, attested to by the preference accorded to it by consumers, is due primarily to the exclusive use of alcohol made by distillation of wine; it's not only that this alcohol gives to Pernod absinthe the fine flavor which distinguishes it, but that it makes for an inoffensive drink from a health standpoint, since it saves consumers from the morbid effects of bad alcohols. We will have occasion to explain ourselves at greater length in this regard.

Alongside this essential element of the success of the Pernod brand, are others which also have their importance. We want to talk about the manufacturing processes that Mr. Pernod never ceased to improve, sparing no effort to create model equipment capable of providing the best results; we want to also speak about the proverbial honesty that always governed the trade of the Pernod House, providing it with as many many friends as customers and vendors.

These traditions were religiously respected and followed by Mr. Veil-Picardy to whom Mr. Pernod yielded his business, in which he remained as a silent partner in return for a significant share.

It is not futile to add that the former head of the house continued to follow with a quite natural solicitude the operations which he had directed for so many ears; in particular, it was always he himself who dealt with the purchase of raw materials and not a wagon of proof spirit nor a bale of herbs or seeds entered the stores unless Mr. Pernod had approved the sample.

Furthermore, Mr. Viel Picardy has made a point of retaining as the heads of technical and commercial services, the collaborators who assisted Mr. Pernod for years, and who, informed by long experience, continue to be inspired by his example and precepts.

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PERNOD Catalogue 1896
RECIPES 1899 By BEDEL
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